Journée de la Vie Consacrée

Suite de l'homélie du Pape Benoît XVI pour le 2 février 2010 (2/3)

le Dimanche 08 aout 2010

La brève lecture tirée de la Lettre aux Hébreux, qui vient d'être proclamée, unit bien les motifs qui sont à l'origine de cette fête belle et significative, et nous offre quelques points de réflexion. Ce texte - ce sont deux versets, mais très denses - ouvre la seconde partie de la Lettre aux Hébreux, introduisant le thème central du Christ grand prêtre. Il faudrait en vérité prendre aussi en compte le verset qui précède immédiatement, et qui dit : « Donc, puisque nous avons un grand prêtre qui a pénétré les cieux, Jésus, Fils de Dieu, demeurons fermes dans la profession de notre foi » (He 4,14). Ce verset montre Jésus qui monte vers le Père ; le suivant le montre qui descend vers les hommes. Le Christ est présenté comme le médiateur : il est vrai Dieu et vrai homme, il appartient par conséquent réellement au monde divin et au monde humain. En réalité, c'est justement et seulement à partir de cette foi, de cette profession de foi en Jésus Christ, le Médiateur unique et définitif, qu'une vie consacrée a son sens dans l'Eglise, une vie consacrée à Dieu par le Christ. Elle a un sens seulement s'Il est vraiment médiateur entre Dieu et nous, autrement, il s'agirait seulement d'une forme de sublimation ou d'évasion. Si le Christ n'était pas vraiment Dieu, et s'il n'était pas en même temps pleinement homme, le fondement de la vie chrétienne en tant que telle disparaîtrait, mais de façon tout à fait particulière, le fondement de toute consécration chrétienne de l'homme et de la femme disparaîtrait. En effet, la vie consacrée témoigne et exprime de façon « forte » justement le fait que Dieu et l'homme se cherchent réciproquement, l'amour qui les attire ; la personne consacrée, du fait même de l'être, représente comme un « pont » vers Dieu pour tous ceux qui la rencontrent, un rappel, un renvoi. Et tout cela grâce à la médiation de Jésus-Christ, le Consacré du Père. Le fondement, c'est Lui ! Lui, qui a partagé notre fragilité, afin que nous puissions participer à sa nature divine.


Notre texte insiste, plus que sur la foi, sur la « confiance » avec laquelle nous pouvons nous approcher du «trône de la grâce », du moment que notre grand prêtre a été, Lui, « mis à l'épreuve, en toute chose comme nous ». Nous pouvons nous approcher pour recevoir « miséricorde », « trouver grâce », pour « être aidés au moment opportun ». Il me semble que ces paroles contiennent une grande vérité et en même temps un grand réconfort pour nous qui avons reçu le don et l'engagement d'une consécration spéciale dans l'Eglise. Je pense en particulier à vous, sœurs et frères. Vous vous êtes approchés avec une confiance totale du « trône de la grâce » qui est le Christ, de sa Croix, de son Cœur, de sa divine présence dans l'Eucharistie. Chacun de vous s'est approché de Lui comme de la source de l'Amour pur et fidèle, un amour si grand et si beau qu'il mérite tout, et même plus que notre tout, parce qu'une vie entière ne suffit pas à lui rendre ce que le Christ est et ce qu'il a fait pour nous. Mais vous vous êtes approchés et chaque jour vous vous approchez de Lui, même pour être aidés au moment opportun et à l'heure de l'épreuve.


Les personnes consacrées sont appelées d'une façon particulière à être des témoins de cette miséricorde du Seigneur dans laquelle l'homme trouve son salut. Elles maintiennent vivante l'expérience du pardon de Dieu, parce qu'elles ont conscience d'être des personnes sauvées, d'être grandes quand elles se reconnaissent petites, de se sentir renouvelées et enveloppées de la sainteté de Dieu quand elles reconnaissent leur péché. C'est pourquoi, pour l'homme d'aujourd'hui aussi, la vie consacrée reste une école privilégiée de la « componction du cœur », de la reconnaissance humble de sa propre misère, mais pareillement, elle reste une école de la confiance dans la miséricorde de Dieu, dans son amour qui n'abandonne jamais. En réalité, plus on s'approche de Dieu, plus on est proche de Lui, plus on est utile aux autres. Les personnes consacrées font l'expérience de la grâce, de la miséricorde, et du pardon de Dieu non seulement pour elles-mêmes mais aussi pour leurs frères, en étant appelées à porter dans leur cœur et dans la prière les angoisses et les attentes des hommes, spécialement de ceux qui sont loin de Dieu. En particulier, les communautés qui vivent en clôture, avec leur engagement spécifique de fidélité à « demeurer avec le Seigneur », dans leur « demeurer au pied de la Croix », elles exercent souvent ce rôle vicaire, unies au Christ de la Passion, en prenant sur elles les souffrances et les épreuves des autres et en offrant toute chose avec joie pour le salut du monde.

 

source: Librairie éditrice vaticane

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